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Objectif SMART ou SMARTER : l'alliance de la performance et du sens

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Fixer un objectif, c’est comme viser un phare au loin.

Trop flou, on navigue au hasard. Trop rigide, on fonce droit sur l’iceberg.

Entre les deux, il y a la méthode SMART — un outil aussi célèbre que parfois mal compris.

Conçue pour structurer la pensée managériale, elle a fini par coloniser nos to-do lists.


Mais dans un monde où la rapidité supplante souvent la réflexion, il devient urgent de réapprendre à se fixer des objectifs qui nous élèvent, sans nous enfermer.


L’origine d’un acronyme devenu culte

En 1981, George T. Doran publie un article sobrement intitulé :

“There’s a S.M.A.R.T. Way to Write Management’s Goals and Objectives.”


Depuis, les 5 lettres de SMART sont devenues la grammaire universelle de la performance :

  • Spécifique

  • Mesurable

  • Ambitieux (ou Atteignable selon les contextes)

  • Réaliste

  • Temporellement défini


L’idée est brillante : transformer un vœu en plan d’action. Mais encore faut-il ne pas confondre cadre et carcan.


Le décryptage du modèle SMART


S comme Spécifique

Un objectif spécifique est clair, concret et compris par tous. Si on doit passer quinze minutes à l’expliquer, il ne l’est pas.

❌ “Améliorer la communication interne”

✅ “Mettre en place une réunion d’équipe hebdomadaire de 30 minutes dès le mois prochain.”


Un objectif spécifique raconte ce qu’on fait, comment et pour quoi, sans jargon ni flou artistique.


M comme Mesurable

Ce qui ne se mesure pas s’oublie. La mesure donne du feedback, du repère, du sens au progrès.

Utiliser :

  • Une quantité (“+15 % de satisfaction client”)

  • Une fréquence (“2 feedbacks par trimestre”)

  • Une qualité (“zéro bug critique sur la version 3.2”)


Mais attention : ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout mesurer qu’on ne peut rien évaluer.

Certaines choses — la confiance, la cohésion, l’énergie collective — se mesurent au ressenti. Et c’est tout aussi légitime.


A comme Ambitieux

Un objectif doit nous tirer vers le haut. L’ambition, c’est l’adrénaline du sens.


Ex : Quand Elon Musk a annoncé vouloir faire atterrir des fusées pour les réutiliser, la planète spatiale a souri.

Dix ans plus tard, SpaceX fait revenir ses lanceurs comme des boomerangs.

L’objectif paraissait déraisonnable — il est devenu la norme.


L’ambition n’est pas une folie : c’est une énergie directionnelle.

 

R comme Réaliste

La motivation naît de l’équilibre entre possible et défi.

Trop haut, on décroche. Trop bas, on s’ennuie.

Être réaliste, c’est relier l’ambition à nos ressources — temps, énergie, compétences, argent, contexte.


Un objectif réaliste, c’est un rêve… avec un plan d’action crédible.


T comme Temporel

Un objectif sans échéance, c’est une promesse sans lendemain. Le temps crée l’élan, la dynamique, le passage à l’action.

“D’ici le 31 décembre, augmenter le CA de 10 %” mobilise davantage que “augmenter le CA cette année.”Parce qu’entre un souhait et un engagement, il y a une date.


Sans horizon défini, même la plus belle ambition finit par s’évaporer.


Fixer ses objectifs intelligemment

SMART n’est pas une recette, c’est une boussole.

Son créateur, George Doran, le disait déjà : “Tous les objectifs ne peuvent pas être mesurés.”

Et il avait raison. On ne quantifie pas la créativité, l’amour du métier ou la sérénité d’une équipe. Mais on peut les nourrir par la clarté des intentions.


L’enjeu n’est donc pas de cocher les cinq lettres, mais de formuler ce qui fait sens.


Quelques exemples inspirants

En entreprise

  • “Réduire le délai de réponse client de 3 h en recrutant deux personnes d’ici fin du mois.”

  • “Ouvrir 3 nouvelles filiales européennes d’ici cinq ans.”

En marketing

  • “Gagner 1 000 abonnés à la newsletter en deux mois.”

  • “Réduire le taux d’abandon panier de 50 % avant la fin du trimestre.”

En vie personnelle

  • “Réduire mon temps d’écran de 6 h par semaine dès demain.”

  • “Tenir une conversation de 10 minutes en espagnol d’ici la fin de l’année.”

Des objectifs simples, concrets, connectés à une intention claire. Et surtout : alignés avec la personne qu’on veut devenir.


Les limites (trop) rationnelles de SMART

Atteindre un objectif, ce n’est pas forcément réussir. Certaines entreprises l’ont appris dans la douleur.


Ex : Prenons Boeing. En 2011, la marque se fixe un objectif précis : livrer son nouveau 737 MAX avant fin 2017, tout en réduisant les coûts et les délais. C’était parfaitement SMART. Mais pas Éthique. Ni Réfléchi.

Sous la pression, les tests ont été écourtés, le contrôle qualité allégé. Résultat : deux crashs, 346 morts, une crise de confiance mondiale. L’objectif avait été atteint, mais le sens avait disparu en route.


Des chercheurs de Harvard, Yale et Northwestern ont depuis confirmé les dérives de ce type d’objectifs :

➡️ comportements immoraux,

➡️ court-termisme,

➡️ perte de discernement.

Quand la mesure remplace la conscience, la performance devient mécanique.

Et quand la performance oublie la prudence, c’est la confiance qui s’écrase.


Quand SMART oublie le cœur, SMARTER réintroduit la conscience

Ce que nous enseigne Boeing, c’est qu’un objectif parfaitement calibré peut être parfaitement déconnecté. On peut cocher toutes les cases de la performance, tout en rayant celles du sens.


C’est là que le modèle SMARTER entre en scène — une version augmentée, plus humaine, qui ajoute deux lettres essentielles :

  • E comme Éthique — parce qu’un objectif n’a de valeur que s’il respecte nos valeurs.

  • R comme Réfléchi — parce que sans recul, même la plus belle ambition peut déraper.

SMARTER, c’est la même boussole… mais avec une alarme.


E comme Éthique

Quand la pression monte, le discernement descend souvent.

L’éthique, c’est ce garde-fou invisible qui maintient la direction juste.


Avant de valider un objectif, demandons-nous :

“Cet objectif sert-il le bien commun, ou seulement la performance à court terme ?”


L’éthique ne ralentit pas la réussite — elle la pérennise.


R comme Réfléchi

Définir un objectif réfléchi, c’est prendre le temps de penser avant d’agir.

C’est se poser les bonnes questions :

  • Est-ce vraiment l’objectif juste ?

  • À quoi vais-je devoir renoncer pour y arriver ?

  • Quels seront ses impacts humains ?


Bryan Dyson, ancien PDG de Coca-Cola, le résumait ainsi :

“On jongle avec cinq balles : le travail, la famille, la santé, les amis et l’intégrité. Le travail rebondit. Les autres se brisent.”


Un objectif réfléchi, c’est celui qui protège les balles fragiles.


SMARTER : conjuguer clarté et conscience

Adopter SMARTER, ce n’est pas renoncer à la performance, c’est lui redonner du sens.

C’est passer de “faire plus” à “faire juste”. C’est remettre l’humain dans l’équation.


Le vrai manager “smart”, ce n’est pas celui qui atteint tous ses objectifs, c’est celui qui sait pourquoi il les poursuit,

et comment il le fait sans s’y perdre.


Zone grise

La méthode SMART rassure : elle structure, elle quantifie, elle donne le sentiment d’avancer. Mais cette clarté peut devenir un piège : celui du contrôle déguisé en rigueur.

Quand tout devient mesurable, l’essentiel — la confiance, la créativité, le courage — glisse entre les cases.


La clé, c’est de reconcilier la clarté et la complexité, de garder la rigueur sans sacrifier la nuance.


TIPS pratiques pour des objectifs vivants

  1. Commencer par le “pourquoi” : clarifier le sens avant la forme.

  2. Co-construire les objectifs : l’adhésion vaut plus que la contrainte.

  3. Intégrer un indicateur de ressenti (motivation, énergie, plaisir).

  4. Réévaluer régulièrement : un objectif vivant s’ajuste.

  5. Célébrer les progrès, pas seulement les résultats.


De SMART à SMARTER, l’alliance de l’efficacité et du sens

La méthode SMART a structuré des décennies de management.

Mais elle a parfois oublié l’essentiel : l’humain.

Un objectif vraiment intelligent n’est pas seulement bien formulé. Il est éclairé, aligné, éthique. Il relie la raison et le ressenti, le résultat et la relation.


Le “R” final de SMARTER, c’est celui de la Responsabilité —celle qui nous rappelle que la performance sans conscience n’est qu’un sprint sans horizon.


Alors, la prochaine fois qu’on se fixe un objectif, posons-nous cette question :

“Ce que je veux atteindre est-il seulement efficace… ou aussi juste ?”

C’est souvent là que commence le vrai leadership.


En résumé

Lettre

Signification

Question à se poser

S

Spécifique

Est-ce que tout le monde comprend le même objectif ?

M

Mesurable

Comment saurons-nous que c’est atteint ?

A

Ambitieux

Est-ce que ça me tire vers le haut ?

R

Réaliste

Ai-je les moyens de le réaliser ?

T

Temporel

Quelle est ma date butoir ?

E

Éthique

Cet objectif est-il juste ?

R

Réfléchi

Ai-je conscience de ses impacts ?

 

Zone grise : quand le “faire” écrase le “sens”

Un objectif clair, c’est bien. Un objectif conscient, c’est mieux. La tentation du résultat peut vite nous faire oublier pourquoi on agit. Un manager peut atteindre ses chiffres tout en perdant la confiance de son équipe. Un collaborateur peut cocher toutes les cases sans trouver de satisfaction.


Le vrai “SMART” du Soft Management, c’est celui qui allie clarté + conscience + cohérence.


TIPS pratiques pour des objectifs vivants

  1. Commencer par le “pourquoi” (le sens avant la forme).

  2. Faire co-construire les objectifs : un objectif imposé ne motive pas.

  3. Intégrer un indicateur de ressenti (motivation, énergie, plaisir).

  4. Réévaluer chaque trimestre : un objectif vivant s’ajuste.

  5. Célébrer les progrès, pas seulement la destination.


Pour aller plus loin

  • George T. Doran, “There’s a S.M.A.R.T. Way to Write Management’s Goals and Objectives”, 1981.

  • Bryan Dyson, Speech at Georgia Tech, 1996.

  • Locke & Latham, Goal Setting Theory, University of Toronto.

  • Harvard Business Review, “Goals Gone Wild: The Systematic Side Effects of Over-Prescribing Goal Setting”, 2009.

 
 
 

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